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Presse morose pour fin de sommet

tartosuc, Jeudi, Septembre 5, 2002 - 11:43

Emmanuelle Piron

... Durant les deux dernières journées du sommet, les séances plénières ont été consacrées aux allocutions le plus souvent lénifiantes des chefs d'Etat et de gouvernement. A chacun-e, une durée égalitaire de 5 minutes par pays représenté...

« Les politiciens arrivent, mais rien ne change »

Durant les deux dernières journées du sommet, les séances plénières ont été consacrées aux allocutions le plus souvent lénifiantes des chefs d'Etat et de gouvernement. A chacun-e, une durée égalitaire de 5 minutes par pays représenté. Faisant référence au discours de Tony Blair, le quotidien anglais The Independant souligne avec ironie le choix qui s'offre à un représentant d'Etat lorsqu'il prend la parole : « il peut utiliser son précieux temps pour faire le point avec force sur un ou deux points sensibles, ou il peut essayer de couvrir l'étendue des problématiques par d'insipides banalités ». « Malheureusement, Mr Blair a choisi hier la deuxième possibilité au sommet de Johannesburg ».
Mais Jacques Chirac mérite sans aucun doute la médaille d'or de l'exercice. Qualifié de « pompier du globe » par Libération, il a exactement couvert l'étendue des problématiques en montrant au passage son talent de récupérateur d'idées. Beaucoup de bruit pour cacher une volonté politique réduite à une peau de chagrin, puisque selon le thème, il s'en est remis soit à l'arbitrage des institutions internationales - entre autres, une Organisation mondiale de l'environnement (OME), depuis passée à la trappe des négociations - soit à la responsabilité des entreprises.
A l'image du sommet, ces allocutions des chefs d'Etat n'ont pas manqué de se heurter au mur d'inégalités entre Nord et Sud. « La rage anti-Occident monte au sommet, par la voix de Robert Mugabe qui a fustigé Tony Blair », nous apprend The Independant. Le président du Zimbabwe, fortement décrié à l'international dernièrement pour sa réforme agraire radicale, a en effet utilisé son temps pour défendre la réforme agraire en question, dénonçant l'Empire britannique qui lui a laissé un pays où « 80% des terres appartenaient aux Anglais », et priant Tony Blair de « garder son Angleterre et de me laisser mon Zimbabwe ».
Fustigé par de nombreux représentants d'ONG et même par des officiels de pays du Sud, Colin Powell, représentant du grand absent George Bush, a dû pour sa part attendre la fin des protestations avant de glisser un « je vous ai entendu, maintenant écoutez-moi » et de commencer son discours cousu de fil blanc sur le premier rang des Etats-Unis en termes d'aide extérieure et de développement durable.

« Le sommet de la Terre s'achève sur de timides avancées »

A l'instar de ce titre du Monde, le plan d'action signé par les participants du sommet fait les titres des gros tirages quotidiens à l'international, le plus souvent affublé d'un qualificatif négatif ('timide', 'faible', 'maigre', 'vague', etc.). Libération pousse la métaphore : « La montagne Johannesburg a accouché d'une souris ». Dans un autre article, le Monde épluche un « plan d'action aux objectifs vagues et non contraignants » en reprenant un à un les thèmes principaux de discussion : eau, énergie, climat, biodiversité, pêche, subventions agricoles, mondialisation et OMC, principe de précaution, principe de responsabilité, Afrique, consommation, droits humains, droits sociaux, responsabilité des entreprises. La grosse majorité de ces thèmes en reste aux belles déclarations d'intentions. Certains bénéficient de promesses d'aide chiffrée qui sont en fait pour la plupart des réallocations de déblocages de fonds déjà annoncées par le passé.

« Sur le climat, les Etats-Unis ont échoué. Le protocole de Kyoto est nettement rappelé dans le texte », nous apprend Hervé Kempf. La Russie, la Chine et le Canada ont d'ailleurs profité du sommet pour annoncer leur ratification prochaine. Mais les Etats-Unis ne perdent pas sur tous les fronts, loin de là. Par le jeu des alliances entre pays, « tout s'est passé comme si l'énergie avait été échangée contre l'eau : le Canada, qui exporte plus de pétrole vers les Etats-Unis que l'Arabie saoudite, a soutenu Washington contre les énergies renouvelables, tandis que les Etats-Unis étaient assez isolés dans leur refus d'objectif de réduction de moitié, d'ici à 2015, du nombre de personnes sans accès à l'épuration des eaux usées ».

Le Monde qualifie de « passe d'armes majeure » la relégation de la question des subventions agricoles, dénoncées à corps et à cri par les pays du G-77, au cadre de l'OMC par l'Europe, France en tête, appuyée en cela par les Etats-Unis. Il mentionne enfin dans un article spécifique l'accord de dernière minute sur la mention des droits des femmes, entre autres à la santé reproductive, défendue par le Canada.

« Révolte africaine au sommet de la Terre »

Le Courrier International a consacré sa revue de presse électronique du 2 septembre à l'écho du sommet donné dans les journaux africains. Les deux phrases d'introduction résument les messages compilés : « Après dix ans de discours creux sur le développement durable, Johannesburg confirme que les pays du Nord sont toujours aussi égoïstes. Seul avantage pour l'Afrique : ce sommet lui offre une tribune sans précédent ». Le Sud Quotidien, au Sénégal, accuse en effet le sommet d'être un « rendez-vous d'experts et d'ONG tapageuses, un sommet pour rien ». D'autant que l'Afrique est marginalisée dans le débat en raison de sa « sous-représentativité en nombre de délégués et d'experts ». Plus tranchant encore, le Quotidien d'Oran en Algérie dénonce « des nantis qui ne semblent pas prêts à céder une once de leurs privilèges exorbitants ».
En Ouganda, The Monitor remet vivement en cause les modèles de développement que l'Occident à imposés à l'Afrique : quand les pays les plus pauvres ont accepté de libéraliser leur économie en 1992, l'Afrique représentait 4% du commerce mondial. Dix ans plus tard, la part du continent noir est descendue à moins de 1% ». Le modéré Mail & Guardian d'Afrique du Sud va dans le même sens : « la Banque Mondiale fait des discours lyriques sur le thème de la croissance comme remède-miracle à tous les maux. Elle oublie que la plupart des pays pauvres n'arrivent pas à atteindre le taux de 3.6% de hausse du PIB par an prévu pour réduire de moitié, d'ici 2015, le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour.

Le Journal du Jeudi, au Burkina Faso, fait une synthèse du sommet en quelques phrases désespérées. « Ce sommet laisse un sentiment d'amertume indicible. Car les enjeux c'est d'abord la bonne gestion d'un patrimoine commun essentiel : la Terre, qui nous profite inégalement. Ceux qui en profitent le plus, au point de la mettre en péril, refusent de consentir à des sacrifices à la hauteur de leur profit. Mais le drame, c'est qu'en dehors des coups de gueule le reste de l'humanité est impuissant. La fameuse théorie du pollueur-payeur ne peut pas s'appliquer ici, parce que celui qui pollue est aussi le plus fort ».
Pour finir sur une note positive, nombre de ces journaux s'accordent cependant à attribuer au sommet un avantage notable : « celui de donner aux contestataires de l'ordre mondial une tribune qu'ils n'auraient jamais pu s'offrir » (The Mail & Guardian, Afrique du Sud).

Les multinationales se sont imposées, les ONG ont été écartées

Deux articles du Monde soulignent l'importance que les multinationales, « championnes du profit durable », ont prises dans les négociations de Johannesburg. Invitées au sommet sous l'étiquette fourre-tout de « société civile », aux côtés –ironiquement- des ONG, elles ont gagné du terrain institutionnel en hissant les partenariats public-privés, aussi appelés « initiatives de type 2 » et chères à Kofi Annan, au rang de thème central du sommet. Sans parler de leur présence dégoulinante d'argent et de communication grandiloquente dans tous les lieux officiels du sommet.
Ecoeurées, les ONG, elles, « ont enterré un sommet de trop par une marche funèbre », lit-on dans le Monde. « Elles s'estiment écartées du sommet, voire supplantées par les entreprises ». Paradoxalement, « leur mobilisation dans la rue a été faible ». Elles ont diffusé en ce dernier jour de sommet une déclaration commune dans laquelle elles déplorent que « les gouvernements continuent de montrer un tragique manque de volonté de traduire les principes de Rio en actions concrètes ».

« Nous assistons au contraire à une soumission irresponsable des états à la globalisation menée par les multinationales ». Le Monde donne la voix au Collectif Joburg 2002 : « Il n'y a pas d'avancées par rapport au sommet de Rio, pas de dates, pas de chiffres, pas d'objectifs concrets, ce n'est pas Rio plus dix, c'est Rio moins dix ! », et, pour finir, à un militant anonyme : « je ne sais pas qui est vainqueur ou vaincu dans ces négociations, la seule chose sûre, c'est que la Terre a perdu ».
En ce dernier jour officiel de sommet, l'heure est à la synthèse. Les envoyés spéciaux de Libération pensent que malgré un bilan plus que décevant, le sommet aura contribué à « au moins une prise de conscience ». En effet, selon eux, « la communauté internationale semble en passe de convenir que l'économie ne prime plus sur le social ou l'environnement », ce qui reste à prouver… Laurence Tubiana, fondatrice de l'ONG Solagral et ex-conseillère de Jospin, interviewée également dans Libération, dégage les points positifs (rappel et confirmation des enjeux du développement durable dans les pays pauvres, blocage du système multilatéral évité, émergence des pays du Sud dans le débat) et les points négatifs (l'entrée en force des multinationales). « A l'arrivée, le développement durable est une façon de commencer à battre en brèche l'arrogance des institutions internationales dans leurs prescriptions intangibles vis-à-vis des pays en développement. Le développement durable est aussi un moyen de faire prévaloir les règles de droit sur le seul usage de la force ».

Emmanuelle Piron - Pénélopes - 4 septembre 2002

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