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Plaidoyer pour l'abolition de la viande

Valérie Fortin, Vendredi, Novembre 21, 2008 - 19:42

Valérie Fortin

Valérie Fortin

Plutôt que d’œuvrer à réformer l’esclavage animal en s’imaginant rendre un jour les conditions d’élevage et d’abattage des animaux de boucherie plus « douces » et « humaines », pourquoi ne pas militer simplement pour l’abolition de cette industrie qui n’a jamais eu et n’aura jamais, sur le plan éthique, sa raison d’être ? Un mouvement international pour l’abolition de la viande prend actuellement forme et, aussi utopique l’idée puisse-t-elle sembler à première vue, il n’en demeure pas moins que sa concrétisation sauverait non seulement des milliards d’animaux chaque année, mais également des millions d’humains et, possiblement, la planète entière.

Ce texte est une version revue et augmentée d’un article publié à l’automne 2008 dans le bulletin de l’organisme québécois AHIMSA (Association humanitaire d’information et de mobilisation pour la survie des animaux).

http://www.ass-ahimsa.net/

***

« BÊTES À BORD »

Pour une rare fois au Québec, une équipe de télévision[i] a osé, en février dernier, dénoncer les conditions abominables de transport des animaux de boucherie prévalant ici et ailleurs au Canada. Les images et les hurlements vues et entendus dans ce documentaire hantent encore même les plus « endurci(e)s » d’entre nous, et ont sans doute choqué et troublé des milliers d’auditeurs qui ignoraient totalement, dans l’ensemble, l’existence de telles pratiques moyenâgeuses. On y a vu, notamment, des cochons n’ayant pratiquement jamais eu l’occasion de se mouvoir soudainement sommés de s’engager sur des passerelles et dans des escaliers de métal à la vitesse grand V, poussés, bousculés, terrorisés, battus, piqués, électrocutés… Des verrats au groin fracturé à coup de barre de fer et aux dents cassées aux cisailles avant l’embarquement pour leur enlever le goût de se battre durant le transport – et d’abîmer ainsi la viande sur pattes qu’ils sont – et ce, pour une simple question d’économie de séparateurs dans les camions… On y a vu des « vétérinaires » de l’ACIA (l’Agence canadienne d’inspection des aliments) détourner les yeux des groins ensanglantés des verrats gémissants… Des animaux succombant avant l’arrivée à l’abattoir (deux millions par année au pays), des animaux trop faibles, traînés de force, qu’on jettera en bas du camion pour qu’ils agonisent dans le stationnement… Des voyages qui peuvent légalement durer jusqu’à 72 heures, dans la canicule extrême comme dans les froids les plus mordants, sans compter les heures d’attente aux douanes ni le fait que le compteur revienne à zéro à chaque frontière… Des animaux déshydratés, affamés, blessés, affolés, suffocants, agonisants... On est loin du « Dysney Land Animal » que l’industrie essaie de vendre à sa clientèle !

Ce film, aussi horrible soit-il, en montre pourtant bien peu. Nous n’avons rien vu, effectivement, des élevages comme tels, rien vu de l’enfer des abattoirs. Rien vu des truies réduites au rôle de machines à saucisses, condamnées à vivre selon deux positions dans leur stalle de gestation : couchées ou debout. Rien vu des poules pondeuses en batterie, entassées jusqu’à sept dans des cages minuscules, devenues folles et s’entredévorant. Rien vu des vaches constamment en deuil de leur progéniture, surexploitées, au pis au bord de l’explosion ; rien vu de leurs veaux malades, envoyés au camp d’engraissement, esseulés, enchaînés dans leur cage ou leur boîte de plastique. Rien vu des poussins mâles broyés ou laissés pour mort dans des poubelles, des canards gavés s’étouffant dans leur vomi, des porcelets castrés et caudectomisés à froid, des bœufs suspendus par une patte se réveillant de leur « étourdissement » pendant leur égorgement, de la terreur de leurs semblables attendant leur tour… Rien vu des poules plongées encore vivantes dans les cuves d’échaudage…

On aimerait croire qu’il s’agit là de cas isolés, que ces histoires d’horreur proviennent forcément des États-Unis ou d’Asie… On s’imagine qu’ici tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les animaux, que les éleveurs ont le temps, l’argent et les moyens de les chouchouter comme ils le font dans les annonces à la télévision… !

CRUEL DESTIN

Plus de cinquante milliards d’animaux dans le monde, dont au moins 600 millions au Canada, sont ainsi condamnés, chaque année, au cruel destin les attendant dans les élevages intensifs, les transports, les encans, les abattoirs. Et les questions qui s’imposent d’emblée sont évidemment celles-ci : comment l’industrie, incluant tous ses exploitants – dont les gouvernements, complices –, ose-t-elle infliger de si graves sévices à des êtres vivants et extrêmement sensibles ? Comment a-t-on pu sombrer ainsi dans la logique de l’efficacité et du rendement économique au point de nier le moindre des intérêts physiologiques et psychologiques de ces animaux, et de les traiter comme de vulgaires marchandises inanimées ?! Comment une société, qui se croit « évoluée », peut-elle cautionner de telles pratiques ?!

Aucune loi canadienne ne protège ceux que le destin a tristement nommés : « animaux de boucherie ». Seuls des « codes de pratiques recommandées » existent et, en plus de sanctionner des méthodes d’élevage extrêmement cruelles, leur application, volontaire, est laissée à la discrétion de chaque producteur… Une vraie farce !

RÉFORME VS ABOLITION

Des organismes et des personnes se portant à la défense des animaux de ferme proposent d’interdire le transport des bêtes et de confier leur exécution à des abattoirs mobiles ou, tout au moins, d’abattre sur place les animaux qui ne sont pas en état d’être transportés. À défaut de cela, on suggère de réduire la durée de transport maximale, d’imposer des pauses plus fréquentes pour abreuver, nourrir et laisser se reposer les animaux, tel que cela se pratique en Europe. D’installer des systèmes de chauffage et de ventilation dans les camions, d’améliorer l’application des règlements de transport. Plusieurs recommandent également, concernant l’élevage lui-même, de bannir les cages, les mutilations à froid, l’isolement, la surpopulation, le gavage, la reproduction intensive, bref, l’élevage industriel lui-même.

Ce serait évidemment un moindre mal que toutes ces recommandations soient enfin appliquées, mais est-ce réaliste de croire qu’elles pourraient l’être un jour et, surtout, ne pouvons-nous pas faire bien mieux que cela ?

D’aucuns suggèrent que la solution se trouve dans la chasse ou dans les élevages bio ; ils aiment à croire qu’ainsi, ils mangent du « cochon heureux » ou de « l’orignal chanceux » et, l’esprit tranquille, ils en redemandent une deuxième portion. L’image bucolique en fait saliver plusieurs mais, au nombre d’humains carnivores sévissant présentement sur Terre, il serait évidemment impossible aux fermettes et à ce qu’il reste d’animaux sauvages de sustenter ces milliards de bouches, toujours plus nombreuses et avides de chair et de sang…

La pire illusion est de croire qu’on pourra un jour produire, engraisser puis exterminer annuellement, pour le seul plaisir de nos égoïstes papilles, tous ces animaux sans leur infliger de terribles souffrances physiques et psychologiques. De croire que les animaux d’élevage biologique ne souffrent pas de leurs conditions de vie et de mise à mort. De croire que les animaux sauvages ne souffrent pas de leur exécution.
En vérité, les premiers sont transportés et éliminés, comme les autres, dans les abattoirs industriels, avec tout ce que cela comporte de souffrances. De plus, comme le fait si bien remarquer l’abolitionniste Gary L. Francione : « Les meilleures « fermes familiales » restent d’horribles endroits pour les animaux. » [ii]
Quant aux seconds, les animaux chassés, nombre d’entre eux ne sont que blessés et ont donc amplement le temps d’agoniser, souvent pendant plusieurs jours, avant de succomber au bout de leur sang, de faim ou dévorés par d’autres prédateurs. Et quand le chasseur retrouve sa proie, il l’achève généralement en lui plongeant un couteau dans le cœur, en l’étouffant, en l’assommant, en lui cassant le cou, en lui tranchant la gorge… Même quand l’animal est atteint directement aux poumons, sa mort est comparable à celle obtenue par noyade… Pas tout à fait le genre de mort idéale qu’on se souhaite, n’est-ce pas ?!

MOUVEMENT POUR L’ABOLITION DE LA VIANDE

Si ce documentaire visait à faire connaître les graves problèmes liés au transport des animaux vers l’abattoir – ce qui est déjà un grand pas –, il ne remettait évidemment pas en question l’existence même de la viande. Et pourtant, plus que jamais, il est aujourd’hui essentiel de se questionner sur sa légitimité, bio comme industrielle et ce, pour de multiples raisons.

Puisqu’il est théoriquement interdit de causer délibérément à un animal une douleur par quelque moyen que ce soit « sans nécessité », et que nous sommes conscients que la viande n’est pas nécessaire à notre survie (des milliards de végétaliens le prouvent depuis la nuit des temps), nous sommes donc coupables d’exploiter et d’exterminer tous ces animaux pour une simple question de goût, d’habitudes alimentaires et, évidemment, de profits.

Un mouvement international pour l’abolition de la viande est présentement en train de se créer. Une résolution, écrite collectivement sur Internet, propose ceci :

« Parce que la production de viande implique de tuer les animaux que l'on mange, parce que nombre d'entre eux souffrent de leurs conditions de vie et de mise à mort, parce que la consommation de viande n'est pas une nécessité, parce que les êtres sensibles ne doivent pas être maltraités ou tués sans nécessité, l'élevage, la pêche et la chasse des animaux pour leur chair, ainsi que la vente et la consommation de chair animale, doivent être abolis. » [iii]

ABOLITION DE L’ESCLAVAGE ANIMAL

Inspiré et inspirant, Antoine Comiti, l’instigateur français du Mouvement pour l’abolition de la viande, résume ainsi le fondement de sa démarche et de sa réflexion :
« Le temps n'est-il pas venu de demander l'abolition de la viande ? Pourquoi ne pas faire de cette demande – énorme en apparence, et pourtant si simple – un objectif fédérateur du mouvement animaliste mondial ? Certes, il faut continuer de décrire, de faire sentir et de dénoncer les souffrances et les privations endurées par les animaux. Il faut continuer de demander l'interdiction des pratiques jugées comme les plus choquantes : cages minuscules, mutilations, gavage, corrida... Il faut continuer de promouvoir la réalité et l'importance de leur sensibilité, comme de la nôtre. Continuer de remettre en cause le spécisme. De promouvoir le végétarisme et le végétalisme. Mais cela ne suffit pas. Il est devenu maintenant incohérent de ne pas exprimer clairement la demande politique de l'abolition de la viande.
Nous n'osons même pas formuler cette demande tant elle nous paraît chimérique. Surtout, nous redoutons de passer pour des fanatiques qui veulent imposer leurs idées aux autres. Nous avons tort. Tort de prendre le moindre mangeur de viande pour un défenseur des abattoirs. Tort de supposer – sans savoir – que la société ne serait pas encore prête à entendre cette demande, et encore moins à en débattre.
Au 18e siècle, l'esclavage des humains était légal, et une pièce maîtresse de l'économie coloniale. Il paraissait alors chimérique d'imaginer abolir cette pratique universelle et millénaire. Inspirons-nous des activistes d'alors qui se sont organisés pour la rendre illégale. Oeuvrons à notre tour, chacun à notre manière, à une vaste campagne mondiale pour l'abolition de la viande. » [iv]

UNE INDUSTRIE DESTRUCTRICE

Aussi utopique l’idée puisse-t-elle sembler aux « viandistes » convaincus, la nécessité d’abolir cette industrie dont la cruauté dépasse tout entendement surviendra peut-être bien assez tôt, de toute façon, pour des raisons de santé publique (les épizooties contamineront les humains de plus en plus), d’environnement (lorsque le fumier débordera des sols érodés, cours d’eau et nappes phréatiques, lorsque les gaz à effets de serre nous incinéreront vivants) ou de manque de ressources (en eau potable, en céréales, en pâturages…). Les grands gagnants seront alors, par la bande, ces milliards d’animaux qui ne seront plus fabriqués, séquestrés, entassés, mutilés, torturés, transportés, battus et massacrés pour nourrir une économie sans scrupule et des humains manipulés qui croient avoir besoin de les ingurgiter pour bien vivre.

En attendant, hélas, les animaux et les animalistes ne sont pas au bout de leur peine. L’industrie agro-alimentaire réussit non seulement à occulter aux yeux du public l’extrémisme de sa violence, mais parvient également à faire passer les défenseurs et défenseuses des animaux pour les « méchant(e)s extrémistes »… La violence n’est plus associée à ceux et celles qui l’infligent mais à ceux et celles qui la dénoncent et qui veulent l’atténuer ou l’abolir… Cherchez l’erreur ! On préfère tirer sur les messagers plutôt que de subir le douloureux examen de conscience que de telles connaissances imposent. Nul n’est plus aveugle que celui qui ne veut pas voir…

RÉINVENTER LE MONDE, POUR LE BIEN DE TOUS

Dans ce texte, je mets l’accent presque uniquement sur la souffrance animale car elle m’apparaît être à elle seule un motif largement suffisant pour mettre un terme définitif à cette industrie extrêmement malsaine et morbide. Toutefois, de multiples autres facteurs devraient inciter les plus insensibles spécistes à endosser également l’idée de cette abolition, ne serait-ce que le souci de leur propre santé et de celle de leurs enfants, et la sauvegarde de l’environnement dans lequel ils évoluent et dans lequel ils ont plongé leur progéniture et tous leurs descendants. Aussi, même les consommateurs de viande peuvent militer pour l’abolition de cette industrie, notamment certaines personnes incapables, malgré leur bonne volonté, de mettre en pratique une alimentation strictement végétalienne.

Le démantèlement de l’élevage est une solution beaucoup plus réaliste aux problèmes actuels que sa réforme. En abolissant la viande, l’industrie agro-alimentaire n’aura qu’à se recycler et à produire de la nourriture végane. Au nombre de bouches à nourrir, elle ne fera pas faillite ! Ça bousculera nos habitudes alimentaires, certes, mais quel est ce désagrément comparé aux souffrances aussi inouïes qu’inutiles que subissent chaque jour les animaux d’élevage ?!
Au lieu de la subventionner grassement avec notre argent – nous obligeant à être complices du carnage –, les gouvernements subventionneront plutôt sa transformation en une industrie sans cruauté.

Abolir la viande à l’échelle planétaire permettrait de nourrir tous les humains de la Terre. Les immenses cultures de céréales alimentant présentement le bétail pourraient sauver la vie aux six millions d’enfants mourant annuellement de faim et rassasier les 923 millions d’humains souffrant présentement de malnutrition.[v] Si seulement nous le voulions…

À quand une Commission sur les droits des animaux au Québec ? À quand une vaste consultation dans tout le pays sur les exigences des Canadiens et Canadiennes quant au respect des animaux ? Il s’agit parfois qu’un pays emboîte le pas pour montrer l’exemple aux autres, pour changer le monde. Pourquoi le Québec ne pourrait-il pas devenir un modèle en matière de droit des animaux, plutôt que de traîner de la patte comme il le fait depuis trop longtemps ? Notre peuple est-il aussi indifférent à la souffrance animale qu’il le laisse paraître ?! J’en doute beaucoup.

Malgré le pessimisme que m’inspire la réalité, je ne peux m’empêcher de rêver au jour où nous nous remémorerons avec effroi et consternation notre barbarie actuelle.
Vouloir changer le monde n’est pas une utopie, mais un devoir.

***

[i] L’émission Enquête de Radio-Canada diffusait, le 21 février 2008, le documentaire : « Bêtes à bord », de la journaliste Ginette Marceau et du réalisateur Denis Roberge.

[ii] http://www.abolitionistapproach.com/fr/2007/02/07/viande-d-animaux-heure...

[iii] http://abolitionblog.blogspot.com/

[iv] Ibidem

[v] http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2008/1000923/index.html

Note : Pour un dossier complet sur les tenants et les aboutissants du projet d’abolition de la viande, avec statistiques à l’appui, rédigé par Estiva Reus et Antoine Comiti, voir : Les Cahiers Antispécistes, n° 29 (février 2008), disponible en ligne au :

http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article363

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