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Haïti : trop tard pour la démocratie ?

Carl Desjardins, Jeudi, Février 26, 2004 - 16:38

André Linard

L'émergence soudaine de groupes armés occupant des villes haïtiennes depuis le 5 février a bouleversé l'analyse de l'avenir politique de ce pays. Avec ou sans Aristide, avec ou sans présence internationale, il est sans doute déjà trop tard pour une issue démocratique.

Blocage, impasse… sont les mots qui qualifient la situation en Haïti. Le scénario de l'affrontement final prend chaque jour le pas sur celui d'une issue pacifique. Hypothèse : le fait que la population accueille favorablement les rebelles armés pourrait bien indiquer que l'opposition pacifique est déjà hors jeu. Les vainqueurs seraient, dès à présent, ces rebelles, dont le projet politique reste particulièrement flou, mais tourne autour de la restauration de l'armée comme pouvoir central.

Nombre d'observateurs font désormais l'indispensable distinction entre l'opposition pacifique à Jean-Bertrand Aristide, incarnée par le Groupe des 184 et la Convergence démocratique, et les rebelles armés. Le seul point commun entre les deux est l'exigence du départ du président. Les rebelles ont une double origine : d'une part, des bandes armées financées à l'origine par le pouvoir (les chimères), dont une partie s'est retournée contre lui, et d'autre part des anciens membres de l'armée dissoute, des membres de milices paramilitaires (macoutes, FRAPH), impliqués dans des trafics divers. Opposition pacifique, rebelles, Aristide et ses partisans : le « jeu » se joue désormais à trois.

Aristide veut rester au pouvoir, à tout prix. Il dit préférer la mort à la démission. Pour ses chimères, le slogan « Aristide ou la mort » prend tout son sens : c'est aussi leur propre survie physique qui est en cause. L'opposition pacifique, elle, a pour objectif l'établissement d'un ordre démocratique au moins formel, permettant à la population de choisir ses dirigeants ; arriveraient alors au pouvoir, comme à l'accoutumée, des membres de l'élite intellectuelle et économique représentant d'autres secteurs que ceux qui entourent Aristide.

Quant aux rebelles, leurs objectifs politiques, s'ils en ont, restent très incertains. Etant donné leur passé, on peut douter de leurs convictions démocratiques. Par contre leur objectif central pourrait bien être de rétablir l'armée, et d'en faire l'axe du contrôle du pays et de l'accès aux richesses, notamment le commerce de la drogue et la contrebande.

Ce modèle prétorien peut très bien s'accommoder d'une démocratie purement formelle, laissée aux mains de civils qui joueraient à se remplacer à chaque élection, sans écorner le vrai pouvoir, stable, des chefs militaires.

La population appuie les rebelles

La question centrale, aujourd'hui, est celle du rapport de forces. Entre acteurs, et donc à très court terme entre solution politique et issue militaire. L'avancée rapide des rebelles réduit progressivement la crédibilité de l'opposition politique et de la négociation aux yeux de la population. Sur quoi négocier, en effet ? Le départ d'Aristide ? S'il survient, il sera mis aujourd'hui au crédit des rebelles, pas des « 184 ». L'organisation d'élections avec un Aristide maintenu au pouvoir ? Ce ne serait que l'application normale, avec un an de retard, de procédures déjà prévues. De toute façon, si Aristide s'en va et que l'opposition politique prend la main grâce à l'appui de la « communauté internationale », il est à craindre que ses leaders soient perçus comme des « voleurs de victoire », accentuant encore la frustration de la population. Les rebelles seront toujours présents, armés, avec un appui populaire et leurs propres exigences. Un éventuel nouveau gouvernement civil devra donc négocier avec eux. Sur quoi ? La cessation de leurs activités contre un amendement à la Constitution qui recréerait l'armée…, dans laquelle ces rebelles seraient intégrés ?

L'élément-clé pour orienter le rapport de forces est la population. Epuisée, appauvrie, frustrée de ses droits… elle a aujourd'hui un but prioritaire : le départ d'Aristide, sans trop se préoccuper de ce qui le remplacera. Ceux qui l'obtiendront auront les faveurs populaires. Ainsi s'explique l'enthousiasme avec lequel les rebelles ont été reçus au Cap Haïtien, aux Gonaïves, à Hinche… Cet accueil semble d'autant plus favorable que ceux qui ne partagent pas cette vision n'osent s'exprimer.

Une hypothèse parmi d'autres ? On peut le regretter et le craindre, mais aujourd'hui, les vainqueurs les plus vraisemblables sont d'ores et déjà les rebelles. S'ils prennent le pouvoir, ils devront sauvegarder une apparence démocratique et désigner un leader présentable. Pas un Guy Philippe ou un Louis Jodel Chamblain, qui pourrait se contenter de la tête de l'armée. Mais quelqu'un qui n'a pas de sang sur les mains, susceptible d'être accepté à la fois par des secteurs de la bourgeoisie et par l'étranger.

Si les gagnants sont probablement connus, les perdants le sont à coup sûr : le monde populaire, les paysans, les habitants des bidonvilles, qui n'ont rien à espérer d'un tel scénario. Et Aristide, qui n'a déjà plus sa place dans ce jeu.

- Extrait d'Alterpresse



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