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A L'OMBRE DU CRIME D'ETAT

romain guer, Mercredi, Janvier 28, 2004 - 09:33

romain guer

C'est le titre de mon dernier livre, dont voici un bref extrait:

... Il est loisible d’imaginer une situation de guerre civile qui n'en finisse pas en raison d’une politique incohérente imposée à l’Irak par l’Administration américaine locale, dirigée par Paul Bremer le protégé du comploteur Henry Kissinger. Tous les paramètres indiquent l’éventualité que l’Irak imploserait et se dévorerait en son sein avec des voisins qui prennent toutes les précautions pour que cette guerre soit endiguée et maintenue à l'intérieur des frontières de ce pays. C’est à peu de choses près le même chaos qui se dessine en Afghanistan. Ce type de crise prend beaucoup de temps avant de permettre d’analyser véritablement les conséquences. Quelques années d'une guerre civile plus ou moins larvée et sanglante, obligeraient les Etats-Unis et leurs coalisés à maintenir une présence prolongée. Celle-ci serait jugée nécessaire, par la Maison-Blanche, en raison des enjeux stratégiques et pétroliers que représente l'Irak, mais c'est ce qui provoquera indubitablement la contamination d’une violence déstabilisante dans les pays voisins. Il n’est pas sûr que les Etats-Unis soient parfaitement conscients de la catastrophe géopolitique de la région du Moyen-Orient, qui sera suscitée par leur présence stagnante en Irak et en Afghanistan.

Certes, la capture de Saddam Hussein à été accueillie par les pays arabo-musulmans avec une satisfaction et un soulagement modérés, mais une inquiétude demeurait. Les américains ont encore une fois, par l’annonce médiatique de l’arrestation du dictateur irakien, ignoré le sentiment d’humiliation ressentit par une partie non-négligeable de la population arabo-musulmane. En effet, les images diffusées par l'armée américaine montraient un Saddam Hussein hirsute à la longue barbe poivre et sel et un regard souvent perdu dans le vide. Un médecin militaire, les mains protégées par des gants de latex, lui fouillait le cuir chevelu dissimulé sous une masse de cheveux décoiffés et examinait sa bouche grande ouverte à l'aide d'une languette et d'une mini lampe de poche. Pour autant, la convention de Genève, selon son article 14, précise ceci : "les prisonniers de guerre ont droit en toutes circonstances au respect de leur personne et de leur honneur". Le général Ricardo Sanchez déclarait : « Ce que ces images nous montrent c'est qu'il a été traité de manière très professionnelle et que l'on se préoccupe de sa santé et de son bien être ». Il reconnaissait qu’il pouvait y avoir une perception différente de ces images. « C'est toujours compliqué de trouver un équilibre en particulier avec une prise de ce calibre, la cible la plus prisée ». C’est une vision des choses qui n'est pas forcément partagée partout dans le monde. Beaucoup ont été choqués par cette présentation jugée humiliante. Les images des dépouilles des deux fils de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï, tués en juillet 2003 dans un raid de l'armée américaine ont elles aussi suscité de fortes critiques. Les photos des corps mutilés et les visages, qui ont dû subir des opérations de chirurgie plastique pour être reconnaissables, ont été largement diffusées sur toutes les chaînes de télévision du monde. L'armée américaine voulait sans aucun doute tenter ainsi de convaincre des Irakiens sceptiques. Une bourde de plus, mais tout aussi volontaire !

Néanmoins, personne ne pouvait nier que la capture de Saddam Hussein était apparue comme un événement extraordinaire voire même bizarre à un moment aussi opportun pour Georges W. Bush, empêtré dans une situation politique désastreuse hypothéquant sa campagne électorale. Même un tribunal pénal destiné à juger le despote irakien avait été inauguré une semaine seulement avant l’annonce de son arrestation. A cela, le jugement du dictateur risquera fort de déboucher sur de nombreuses révélations embarrassantes, aussi bien pour le Président Bush que pour l’ensemble des Chef d’Etats occidentaux et arabes. Il faut bien l’avouer, le succès mesuré de cette capture médiatisée du despote irakien permettait d’accentuer la pression de la Maison Blanche sur les pays qui ont refusé de participer à la guerre contre l’Irak, comme la France la Russie et l’Allemagne, pour rejoindre les rangs des Nations coalisées, par soumission, et accorder ainsi la légitimité de l’action des Etats-Unis dans ce bourbier irakien, même en l’absence de détention d’armes de destructions massives par le régime déchu de Saddam Hussein. Il est autorisé d’espérer que la France ne se laissera pas trébucher dans cette voie, dans cette chatière politique, en dehors des prescriptions et du concept légal des Nations Unies. D’autant qu’il n’est pas certain que Saddam Hussein soit maintenu en vie jusqu’à son procès.

En revanche, aucune image de l'opération qui avait mené à appréhender Saddam Hussein n'avait été divulguée, sauf une visite guidée, pour la presse, du mini-bunker enterré dans lequel il aurait été trouvé, au soir du 13 décembre 2003. Cependant certaines incohérences avaient fait leur apparition quant à cette chance inouïe d’avoir retrouvé le dictateur sanguinaire irakien bien vivant, sans la moindre résistance, mais tenant des propos incompréhensibles sous un regard hébété, comme un homme atteint psychologiquement après une longue détention en cellule d’isolement, dans un milieu carcéral.

Contrairement à leur père, les deux fils du dictateur sont morts lors d’un raid militaire à Mossoul. Ils sont morts après une féroce bataille. Ils ont résisté les armes aux poings à leur arrestation, Leur corps reposaient temporairement à la base américaine de l’aéroport international de Baghdad. Saddam Hussein, et ses fils, avaient disparu juste avant la chute de Baghdad le 9 avril 2003, tout comme la plupart des dignitaires du régime déchu.

Tout le monde se souvient du film mensonger réalisé par les services de propagande du Pentagone ayant pour thème le sauvetage héroïque du soldat Jessica Lynch, cette belle jeune femme blessée prisonnière des méchants soldats de Saddam alors qu’elle était soignée dans un hôpital irakien, ce qui institue une certaine perplexité face à cette annonce médiatique d’une telle ampleur comme la capture du dictateur irakien, provoquant un terrible état de choc dans la population irakienne et arabe. Ce qu’il faut indiquer par contre, c’était l’intérêt très particulier et le souci constant, des Autorités militaires américaines, à attraper et conserver le dictateur irakien vivant, évitant ainsi qu’il soit transformé en martyr de la cause irakienne et arabo-musulmane s’il venait à être tué par l’armée US. Vivant et aux mains des militaires américains, Saddam Hussein était devenu un instrument politique d’une très belle facture pour l’Exécutif des Etats-Unis.
Or, deux mois avant et pendant l’invasion militaire américaine en Irak, des unités secrètes d’élites de la « Gray Fox », ( nouveau nom de code de l'« Intelligence Support Activity » ISA, créée en 1981 ), formées par le Pentagone et encadrées par la CIA pour lancer des opérations clandestines couvertes, aidées par des agents secrets kurdes et israéliens, étaient déjà en action au cœur même de Baghdad pour tenter de localiser et capturer vivant le dictateur irakien. Le 6 avril 2003, les troupes US ont réussi la prise et le contrôle de l’aéroport international de Baghdad. Les combats faisaient rage autour de la capitale irakienne. Le 7 avril, dans le cadre d’une opération de diversion, des chars Bradley américains ont tiré sur l'Hôtel Palestine assassinant délibérément des journalistes de la presse étrangère et détruisant le siège de la chaîne Al Jazira à Baghdad. Le même jour, un avion de transport de troupes de l’US-Air Force, un Hercule C-130 atterrissait sur la piste de l’aéroport civil de Baghdad, puis il est reparti 30 minutes plus tard. Le 8 avril fut une journée d’accalmie, pas une déflagration, pas même un pétard d’artifice, et pour cause toutes les unités militaires irakiennes stationnées autour de la capitale se sont dissoutes d’elles mêmes, confirmant ainsi que le Raïs Saddam avait bel et bien été neutralisé et extrait du Pouvoir irakien, mais certainement pas par son entourage poltron et servile. Le 9 avril 2003, l’armée américaine faisait son entrée triomphante dans le centre de Baghdad sans essuyer le moindre coup de feu. L’Hercule C-130 de l’Us-Air Force aurait transporté le dictateur irakien vers sa destination carcérale secrète probablement sur la base de Diégo-Garcia dans l’Océan Indien où il aurait subit un traitement non conventionnel. Depuis, Saddam Hussein ne fut jamais rapatrié en Irak. Le document filmé et dévoilé au public du monde entier a été réalisé dans sa cellule la veille de la déclaration officielle de sa capture ! C’était un chef d’œuvre de mise en scène de la propagande militaire américaine.

Après l’annonce médiatique de choc du 14 décembre 2003, le Saddam Hussein sous les verrous offrait en perspective, aux irakiens, l’opportunité d’exiger le départ des troupes US d’Irak. Les irakiens n’ont pas oublié les quelques 50.000 victimes dues à la guerre de Bush et Blair, ni les 45.000 prisonniers en attente de jugement, ni le largage de plus de 13.000 bombes à fragmentation, par l’armée américaine durant la phase d’invasion de l’Irak, déversant près de deux millions de munitions. Les bombes à fragmentation, qui sont larguées par des roquettes, des obus ou des avions, s'ouvrent avant l'impact pour disperser de nombreuses petites bombes, ou sous-munitions, sur des surfaces étendues parfois de la taille d'un terrain de football, comme des mines anti-personnelles. Ce sont des armes infanticides, des armes de destructions insidieuses, qui font et feront encore des milliers de morts ou d’handicapés, des années durant comme au Cambodge !
Il y a plus dangereux encore. A la place du maintien d’une république irakienne laïque, où les religions se côtoyaient sans heurts, les Etats-Unis vont réaliser un très grave déséquilibre ethnique avec cet ‘’exploit’’ d’élargir l’expansionnisme Chiite dans une région Moyen-Orientale traditionnellement à forte majorité Sunnite, ce qui enfantera des tensions inter-religieuses perpétuelles avec l’espoir inavoué des néo-conservateurs américains d’anéantir l’Islam par une implosion intérieure. L’amorce intéressée, timide certes, d’un rapprochement diplomatique entre l’Iran et la Maison Blanche, à la suite du dramatique séisme de Bam en Iran de décembre 2003, l’encerclement stratégique et militaire autour de ce pays, avec le pouvoir accordé à la représentation Chiite d’Irak, tout ceci augure bien cet objectif imprudent et sournois des Etats-Unis à l’égard de ce troisième culte monothéiste.

Même en Afghanistan, alors qu’un Gouvernement à été mis en place sous la pression de la Maison-Blanche, qui ne prévoit pas dans l’immédiat une transition vers une démocratie, les talibans refont surface et occasionnent des pertes humaines par des attentats meurtriers, sans compter les luttes intestines entre chefs de guerres afghans bloquant ainsi le processus de normalisation Gouvernementale et étatique. La aussi, il n’est pas sûr que les USA désirent innocemment parvenir à instaurer la paix rapidement, malgré la présence d’une force internationale sous les auspices de l’O.N.U.

De son côté, l’Arabie Saoudite, est en proie à des attentats fratricides qui pourraient engendrer une guerre civile à court terme, en attisant les craintes et les peurs au sein même de la Monarchie des Ibn-Saoud. Le Prince Tallal Arrachid, âgé de 41 ans, directeur de la revue littéraire "El-Fawassil, apparenté par alliance à la famille régnante Saoudienne, a été assassiné jeudi 27 novembre 2003 à Djelfa à 300 km au Sud d’Alger, dans l'attaque ciblant le groupe de chasseurs saoudiens dont il faisait partie.
Le Prince Tallal Arrachid n'en était pas à son premier voyage en Algérie, où il avait l'habitude de sillonner le grand désert. Enfant, il participait à des parties de chasse avec son père, Abdelaziz, au Sahara. Lors de cet attentat non revendiqué, il était accompagné d'une suite d'une vingtaine de membres. Il a été surpris par des coups de feu nourris tirés des hauteurs de la montagne, ne visant pas seulement le Prince mais tout le convoi. Les assaillants non identifiés avaient rapidement battu en retraite sans emporter quoi que ce soit, ni voitures ni autres équipements. Un avion spécial dépêché de Riyad s'est chargé de son rapatriement pour être enterré en Arabie Saoudite. A première vue, cet attentat n’apparaît pas comme étant le fait de groupuscules terroristes islamistes, car ceux-là sont tacitement et traditionnellement proches de l’Arabie Saoudite qu’ils considèrent comme le sanctuaire de l’Islam, mais bien plus comme un crime politique issu de dissensions au cœur même de la Monarchie saoudienne. S’il s’agit réellement d’un assassinat politique, il est fort à craindre, dans les semaines à venir, des règlements de comptes sanglants entre les membres de la famille régnante d’Arabie saoudite. Cela aura pour effet un affaiblissement du Pouvoir monarchique au profit d’une insurrection populaire, voire même d’une guerre civile qui s’étendra peu à peu à l’ensemble du Moyen-Orient. Il est préférable d’éviter de deviner la suite...!
Il est illusoire et complètement absurde de penser un seul instant que les Etats-Unis et leur coalition parviendront à instaurer, par la contrainte, la démocratie et la modernité selon une vision occidentale dans ces contrées moyen-orientales. En dehors de la Turquie et Israël, aucun des autres pays n’a été préparé pour transformer son régime politique en un idéal démocratique. De plus, en envahissant l’Irak illégalement sans mandat de l‘O.N.U, les Etats-Unis n’ont pas daigné économiser leur arrogance et leur mépris vis à vis des peuples arabo-musulmans de la région. Ces derniers admettraient sans doute qu’une pression étrangère s’exerce sur les Pouvoirs en place pour les contraindre à basculer en direction d’une philosophie politique démocratique, mais ils refuseront une hégémonie ou une intervention militaire, sur leurs territoires, qui ignore leurs us et coutumes culturels et religieux. Ceci est d’autant plus valable pour les pays arabes que pour les pays du Maghreb, de l’Asie centrale et de l’Iran.

L’opinion publique arabo-musulmane se méfie depuis fort longtemps des promesses simoniaques ou farfelues de la Maison-Blanche. Toute les populations du Moyen-Orient sont consternées de constater le peu d’empressement affiché cyniquement par les autorités américaines dans le règlement du conflit israélo-palestinien. Elles n’arrivent pas à comprendre que les USA ont exactement reproduit cette fois contre l’Irak, la lourde faute commise en 1990 par le dictateur Saddam Hussein en envahissant le Koweït, en défiance envers les Nations Unies. Elles ne sont pas du tout convaincues que les Etats-Unis leur apporteront la démocratie, la liberté, la justice et la dignité. Par contre elles sont persuadées que les faux sentiments idéalistes exprimés à leur égard par le Gouvernement américain ne sont que prétextes pour coloniser leurs ressources pétrolières. Les Etats-Unis aveuglés par leur avidité mal dissimulée se trompent lourdement sur leurs capacités à vouloir régenter le monde arabo-musulman, car celui-ci garde au fond de ses tripes la trace encore fraîche de la colonisation et des humiliations dont il a été victime par le passé, et celle-ci ne disparaîtra jamais...
Ne pas consentir à prendre en considération ne serait-ce qu’avec pragmatisme les sentiments humains et pacifistes de l’opinion publique mondiale, refuser de se soumettre aux dispositions du droit international, négliger les valeurs de multilatéralité et bafouer la charte des Nations Unies, refuser d’admettre la création et l’autorité de la cour pénale internationale, se montrer irrespectueux envers les alliés traditionnels et rejeter leurs consignes de modération, envahir militairement des Etats qui n’ont pas déclaré la guerre, déporter et emprisonner sans statut juridique dans un camps de concentration à Guantanamo des hommes et des enfants contrairement aux articles de la Convention de Genève, commettre un ignoble crime d’Etat et le faire endosser par d’autres pour justifier des plans d’occupations militaires d’une très grande envergure, tout ceci porte un nom... Le Fascisme !

''A L'OMBRE DU CRIME D'ETAT'' -ISBN: 2.913343-80-5 -Editions Opéra. 1 Allée des vinaigriers-44300- Nantes-France -Tél: 02.40.50.02.35 - Demander M.Gérôme Vincent -Prix public: 15 euros 220 pages Genre: Document-Histoir
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