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Chute du Kommado Rhino et terreur répressive sur les espaces autogérés [début août 2011]

Anonyme, Miércoles, Agosto 10, 2011 - 08:44

De dos, des agents antiémeutes avec des masques à bonbonne d'oxygène et tout leur armure, devant, une foule de gens aux diverses apparences et âges, le tout sur une rue vue un peu de haut.On voit un bulldozer vert et des forces antiémeutes à ses côtés, détruisant des petites maisons
[ Photos: galerie 1 - galerie 2 ]

    Alors que les drapeaux rouge et noir claquent mollement sous le soleil d’été au-dessus de la citadelle fortifiée du Kommando, nom en fait d’un WagenBurg pirate sur un terrain vague où vivent en collectivité autogérée environ 35 personnes, la "Zone Rhino" concerne en réalité tout une partie du quartier Vauban dont un paté de maison de 4 grands bátiments au départ squattés puis rachetés collectivement où vivent plus de 200 personnes en famille. Une telle implantation anarchiste dans un quartier semi-populaire développe et consolide la culture populaire et ce qui est une véritable culture de combat qui témoigne d’une certaine pratique collective et d’une histoire de lutte locale très ancrée. Sans compter dans le quartier Vauban une forte solidarité populaire de lutte, d’où de nombreux drapeaux et banderoles pirates ou antinucléaires aux fenétres et balcons, ainsi, vu la situation, que de nombreuses banderoles de soutien au Kommando.

Sur le large páté des 4 grands bátiments, quartier communiste libertaire, autonome, qui vit par l’autogestion et la collectivité, la lutte et la solidarité, bulle d’air pur et d’humanité enfin retrouvée d’une vie à laquelle on aspire et qui crève l’homogénéité sans relief du non-monde mortifère capitaliste. Mini Exarchia athénien, dans chacune des superbes bátisses aménagés et pleines de verdures, de terrasses-toits, mais aussi et surtout entre les bátiments où sont frabriquées de nombreuses et infinies structures collectives, une vie autogestionnaire et autonome voit des enfants grandir librement et sans le poids de l’isolement de la machine capitaliste et de la société totalitaire-marchande. C’est en ce sens davantage qu’un quartier rouge à l’italienne, mais bien au sens d’un quartier de vie autonome libertaire "à la grecque", enclave de liberté où toutes les séparations totalitaires-marchandes ont été dissoutes. De la vie, de l’amour, de la solidarité, de la détermination où naissent et grandissent nos enfants, qui développent créativité et autonomie solidaire. C’est autour de tout cela que s’organise la défense du Kommado Rhino.

Dès le 30 juillet, le Kommando Rhino s’est retranché derrière ses barricades et palissades de défense, devenu véritable citadelle fortifiée devant l’imminence de l’assaut policier à compter du 1er aout à l’aube.

Les préparations d’autodéfense sont conséquentes au vu de la menace : une chaîne d’alerte sms non nominative a été créée où sont affiliés 300 personnes, un action camp pour les différents points de blocage du quartier, des Bike Radio Team pour veiller sur les mouvements de troupes policières, Batucada, Medical Team, Legal Team, Info Point, plusieurs RDV au KTS et Gartenstrasse 19 suite à l’expulsion pour manifs et actions en ville, etc.

A la fin de la nuit du 1er aout, des groupes autonomes érigent deux petites barricades, à la fois pour prévenir l’arrivée des flics, et pour un Reclaim The Street permanent avec cuisine populaire, InfoPoint, Medical et Legal Team, projections cinéma dans la rue, musique, etc.

Le lundi 1er aout à 11h, les flics menacent d’intervenir à 13h si les barricades ne sont pas dégagées. 12h45 : une douzaine de cars de CRS arrivent, avec des camions de chantier et de propreté de la ville. Ils s’en prennent aux barricades, font le tour et nous prennent à revers dans la rue. On laisse faire : "prenez les barricades on reste ici" est scandé. Nous remarquons cependant que ce ne sont que des flics de ville à qui on a mis des tenues anti-émeute, et n’ont pas l’air rassuré, âgés, bedonnants, on pourrait très bien les repousser avec le nombre qu’on est. Mais il n’en sera rien. Quand à une centaine ils se déploient sur plusieurs lignes avec boucliers, on leur met Mozart et des camarades dansent autour d’eux et les narguent. Face à face pendant 1h30, ils nous testent, on se teste, sur nos propres forces. L’alarme n’a pas été déclenchée. Et les flics ont pu constater l’absence de résistance directe.

Après 2h pour détruire les barricades et emporter les éléments qui ont permis à les constituer, les flics quittent le secteur. 1/2h après à peine, trois néo-nazis sont repérés à prendre des photos du Rhino. Ils seront rapidement pris à partie par les nôtres et après quelques coups, ils sont coursés. Leurs visages seront publiés, imprimés et distribués.

Photos des barricades du 1er aout et de l’intervention policière : 1 / 2

Et c’est l’attente, la veille, vigilante et joyeuse, imprégnée dans la vie collective.

2 aout, 12h : on sait que des mouvements massifs de troupe anti-émeutes sont signalées arrivant de Lahr. Tout semble indiquer la grande attaque pour cette nuit. Trois zones d’action préparées dont le "Riot Point" et les points de blocage. Les banderoles de solidarité aux fenêtres et balcons dans le quartier se multiplient.

Nuit du 2 au 3 aout : 1h15 du matin- les "petites" barricades autour du Rhino, plus conséquentes cette fois-ci, sont de nouveau érigées. 1h34 - les flics bloquent une avenue au nord de la ville. Ni attaque ni alarme encore. 2h15 - grosses barricades enflammées, deux sur la grande avenue et trois autres autour du quartier. Les groupes d’autodéfense et d’action se mettent en branle, tous les points de blocage sont investis : crèves-pneus, barricades enflammées, câbles et poteaux. Tactique de la terre brûlée : ça flambe un peu partout dans le quartier, plusieurs grues Caterpillar brûlent sur deux chantiers. 3h - les chaînes de la TV nationale arrivent. Plusieurs dizaines de gens du quartier viennent et descendent de chez eux, viennent nous parler, nous soutenir, ou par curiosité badaude, une vingtaine de jeunes du quartier sont enthousiasmés. Les flics du comico central plus loin sont assez tendus, appellent des renforts. Des patrouilles de camarades autonomes, cagoulés, préviennent des mouvements de flics. 4h45 - AG d’action sur la grosse avenue : ceux qui veulent résister physiquement et frontalement se retrouvent sur les premières grosses barricades enflammées, les "pacifistes" restent autour du Rhino. Des pétards et feux d’artifice sont claqués devant les barricades. 5h - on sait que les flics attaquent en force dans le quart d’heure. Alarme déclenchée, attente des renforts. Sommes environ 200 alors.

5h15 du matin : l’assaut. Plusieurs centaines de flics, jusqu’à 600 surgissent du bout de l’avenue, chars anti-barricades et bulldozer à l’avant, appuyés par les troupes noires et cagoulées des forces spéciales BFE. Ledit "Riot Point" et les premières barricades enflammées tombent sans résistance, faute d’effectifs. D’autres flics arrivent pour quadriller et sécuriser le quartier, ils sont plus de 1200 en tout. Ce qui représente la plus grosse opération policière sur Freiburg par rapport aux espaces autogérés. Les barricades sont détruites et enfoncées par les chars et bulldozers en moins de dix minutes. En 1/2h ils contrôlent la situation, encerclent le Rhino, se positionnent de façon à nous cerner et empêcher tout mouvement. Mais les camarades sont arrivés en renforts, sommes environ 400, mais n’avons toujours pas le rapport de force pour résister physiquement. 7h - les BFE et CRS défoncent les petites barricades autour du Rhino, chargent à trois reprises sur la masse pacifiste. Plusieurs arrestations musclées (5 au total). 7h30 - ils installent des grilles anti-émeutes tout autour du Rhino, bloquent et filtrent l’avenue par des check-point. Grues et camions de chantier arrivent.

8h : destruction de la dernière barricade et attaque sur le Kommando Rhino dont la palissade est enfoncée par les bulldozers de la police. Impuissance. Ils continuent de se déployer et quadriller la zone. Tensions. C’est dur à voir. 8h15 - d’autres renforts de CRS arrivent en force. Tout le quartier est occupé militairement par les flics. Beaucoup de gens solidaires du quartier sont présents. 8h30 - des actions ont déjà lieu en ville, avec quelques feux, pétards et vitrines brisées. Au Rhino, c’est la détresse et l’impuissance face à la destruction d’un lieu de vie. Les caravanes sont détruites et emportées sur des camions, les ouvriers collabos sont protégés par les flics. Beaucoup ont les larmes aux yeux.

Toute la journée s’opère la destruction systématique et brutale du lieu de vie autonome Kommando Rhino. Il n’en restera qu’un odieux terrain vague grillagé gardé par une centaine de CRS en faction. Il ne reste plus rien. Beaucoup de camarades en larmes.

Photos de la destruction du Kommando Rhino [même galerie que celle ci-haut]

Vidéo des barricades enflammées et de l’assaut policier, puis de la destruction du Rhino

Sur cette page, on voit une vidéo en accéléré de la destruction physique et matérielle du Kommando Rhino. A présent, le néant.

Une manif x+2 était prévue, confirmée à l’AG Rhino à 18h dans la zone autogérée et libertaire du quartier Vauban. Beaucoup d’actions avortées étant donné le nombre de flics en ville. Une véritable ambiance sécuritaire de sommet s’implante : dans toute la ville, check-point de la police, fouilles et contrôles au look, arrestations préventives. C’est le début de la Terreur d’Etat et de la chasse aux anars.

3 aout, 22h : annonce que le quartier Vauban est entièrement encerclé et occupé par des centaines de flics. Barrages et contrôles au centre avec nombreux barrages policiers. Ils anticipent préventivement une manif nocturne et des actions. Minuit, alerte au KTS qui subit un violent raid d’une centaine de forces spéciales BFE. Toute la nuit, veille sur deux barricades érigées directement autour du KTS.

4 aout : grande tension dûe à la terreur sécuritaire et policière. Le collectif Rhino, qui engage une perspective politique d’apaisement, annule la manifestation x+2 à 18h, par crainte de blessés graves et d’une répression dure. Les radicaux considèrent cela, à raison, comme une erreur stratégique et politique : c’est là donner raison à la répression qui intensifie sa dynamique de terreur. Le GartenStrasse.19 est officiellement menacé d’expulsion, juste le lendemain de la Razzia nocturne au KTS.

5 aout, milieu de la nuit : une centaine de flics BFE et CRS font un raid au GartenStrasse.19 et arrêtent plusieurs camarades. La terreur d’Etat s’accentue.

Le Kommando Rhino était une extension du SchattenParker (WagenPlatz autonome libertaire) et le GartenStrasse.19 est une extension du KTS, d’où un contexte de répression politique globale et ciblée sur les espaces autonomes et les anarchistes pour briser la dynamique de lutte locale, qui s’inscrit dans la répression globale anti-squat dans toute l’Europe.

Des grues et engins de chantier ont brûlé. Des barricades ont été érigées, certaines enflammées. Nous n’avions pas le rapport de force pour résister directement à la police, mais si nous l’avions il est clair que cela aurait été le cas et nous le revendiquons. La presse bourgeoise locale nous calomnie de mensonges, de pseudos attaques au Molotov sur les pompiers et la police : nous n’avons pas eu cette initiative là, mais cela aurait pu l’être.

De quelle violence parle-t-on ? L’Etat est violent, la police est violente, et ont opté par choix politique de la destruction planifiée du Kommando Rhino pour construire à la place à un hôtel haut de gamme et un centre commercial. Ils détruisent nos lieux de vie, nous détruiront les rouages de leur monde odieux. Ils détruisent nos maisons et nos familles, nous arrêtent, nous matraquent, au nom de la logique prédatrice capitaliste. Face à cela, nous avons érigé et nous érigerons encore des barricades, que nous défendrons, et desquelles nous reprendrons l’offensive.

Partout, de Notre-Dame-Des-Landes et des Tanneries en France à Val di Susa en Italie, des squats d’Amsterdam à ceux de Bienne et Berne en Suisse, du Rhino à Freiburg au L.14 de Berlin, partout ils appliquent une répression politique et policière impitoyable face à tous les lieux de lutte et de résistance. A cela, nous répondrons par une riposte radicale et solidaire, coordonnée et offensive. Ils brisent nos vies, détruisons ce qui nous détruit.

Au nom du capital et du pouvoir, ils détruisent nos lieux de vie et ce qui nous fait vivre, nous imposent leur loi qui domine et détruit la planète, face à cela et au nom du vivant résistance directe et solidaire. Pour chaque lieu de vie autonome et autogéré détruit, nous en construirons dix autres sur les ruines de leurs banques !

Pour une vie et un monde sans chef ni frontière, où chacun est son propre maitre en harmonie collective des désirs individuels et avec l’environnement immédiat.

La guerre sociale continue-


 

[ Édition de Mic du CMAQ.net :
* diverses corrections techniques pour les liens ;
* mis des photos visibles dans le sommaire ;
* mis en manchettes avec des rubriques. ]



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